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QUIEVY, quatre cent mille ans d'histoire...
d'après le livre de Francis BAUDUIN et Jacques WAXIN

Population et démographie

 

Au cours des siècles, la population de notre commune a eu tendance à augmenter, mais de nombreuses périodes de stagnation ou de régression ont été enregistrées par suite de calamités diverses (peste, choléra, famines, guerres, invasions multiples -les armées se ravitaillant toujours sur le terrain-), des conditions d’hygiène et des conditions générales de vie. Il en résulte des situations dramatiques dont un exemple nous est fourni par une chronique d’époque dont voici un aperçu:

Depuis l’an 1528 jusques à l’an 1533, l’économie de ce bas monde fut tellement déréglée par le mauvais regard des astres, que n’eut été la durée inégale des jours, on n’eut pas su connaître dans quelle partie de l’année on vivait. L’été principalement dominait sur les 3 autres saisons et avait occupé leur place, même celle de l’hiver, son contraire. Pendant 5 ans, il n’y eut pas de gelée qui dura plus d’un jour, mais une continuelle chaleur qui échauffait la terre au temps qu’elle doit se reposer pour se pétrir et se fermenter par le moyen du froid qui resserre les vapeurs dans son sein, énervait les forces génitales de la nature en la provoquant hors de son temps à la génération; si bien que l’on voyait les arbres aussitôt qu’ils se dépouillaient de leurs feuilles, repousser des fleurs volages qui s’écoulaient sans donner de fruits. En outre cette chaleur immodérée fermentait et multipliait la vermine de la terre en telle quantité que le jeune et tendre germe de semence n’était pas sitôt hors du grain qu’il était rongé jusques au bout, dont il advint une extrême et pitoyable disette qui s’augmentant d’an en an consuma presque la quatrième partie de la France et de nos 17 provinces. Il ne fut possible jamais vu une longue et plus piteuse misère que celle-là. La faim, chassant les pauvres gens de leurs maisons, le nombre des mendiants s’accrut de telle sorte que c’était chose presque impossible de leur subvenir et plus dangereuse de les endurer pour ce que remplissant indifféremment leur ventre de toutes sortes de choses même les plus vilaines et plusieurs coquins et méchants garnements se mêlant à eux pour piller les maisons, les villes craignaient d’en être infestées et pillées tout ensembles.

A quoi les plus grandes ayant mis remèdes, les nécessiteux erraient à milliers par les autres plus petites, par les bourgs et par les villages. Les étables, les fumiers, les rues étaient pleines de ces malheureux, les uns décharnés, hâves et branlants sur leurs jambes, semblables à des fantômes de cimetière, les autres ayant la peau horriblement enflée et tendue, avec un visage jaunâtre et boursouflé; plusieurs couchaient par terre qui avaient perdu toute force de respirer, n’ayant plus ni mouvement, ni voix, et un tas de pauvres mères toutes transies, chargées de force petits enfants criant et demandant du pain, sur lesquels elles avaient les yeux piteusement attachés, sans avoir de quoi leur mettre à la bouche.

On vit une chose pitoyable en Cambrésis au village de Clary. Gélic rapporte qu’une pauvre femme après avoir mangé tous les rats, limaçons, couleuvres et grenouilles qu’elle avait pu trouver, n’ayant plus de quoi contenter sa faim, fut forcée de détruire son semblable, d’étouffer son enfant dans le berceau et de se rassasier de sa chair; après l’avoir mangé ne trouvant plus de remède pour se repaître, elle jeta sa rage sur son propre corps, coupa un de ses bras, afin de soulager ses douleurs sans espérance d’une plus courte vie. Le même auteur récite que presque en même temps aux villages de ST. VAAST et de QUIÉVY en Cambrésis plusieurs hommes furent obligés de manger la chair de leurs compagnons qu’ils avaient massacrés et quelques autres de faire leur aliment de la chose même qu’ils n’osaient regarder sans horreur et appréhension. Ce n’est pas sans sujet que les philosophes appellent la famine le plus cruel et le dernier supplice du genre humain et qu’ils la font beaucoup plus déplorable et lugubre que la peste, parce qu’elle nous oblige presque toujours à détruire notre semblable, qu’elle ne cherche la félicité que dans une mort horrible et qu’elle nous fait être aucunes fois nos sacrificateurs et nos hosties. Mais ce n’est pas tout, de la mauvaise nourriture de glands, de racines, de fougères, d’herbes et de vermine s’engendra une nouvelle maladie inconnue des médecins qui était si contagieuse qu’elle saisissait incontinent quiconque approchait ceux qui en étaient frappés; elle portait avec soi une grosse sueur continue qui dépêchait son homme en peu d’heures, d’où elle fut dite "trousse-galand", que si quelqu’un en réchappait, elle lui arrachait tout le poil, et les ongles et lui laissait l’espace de 6 semaines une langoureuse faiblesse, avec un si grand dégoût de toute viande qu’il ne pouvait rien avaler que par force.

Histoire généalogique des Pays Bas ou Histoire de Cambrai et du Cambrésis par Jean le Carpentier (1664) (Leide), Tome I page 142.

Les premières données démographiques en notre possession ne remontent guère au-delà du 17ème siècle. A cette époque, la population totale du village pouvait être évaluée à 5 ou 600 habitants. Cette estimation est basée sur les relevés moyens suivants:

- Les registres paroissiaux qui stipulent que d’avril 1606 au 31 octobre 1661, 927 enfants furent baptisés dans l’église de Quiévy, ce qui représente une moyenne annuelle de 17 baptêmes.

- Vers 1730, une moyenne annuelle de 6 mariages et de 30 naissances a été enregistrée.

Par contre, les données démographiques du début du 19ème siècle, par leur ampleur et leur précision, nous permettent, par exemple, de calculer que l’espérance de vie moyenne d’une personne était -les deux sexes confondus- de 43 ans.

Il est intéressant également de remarquer qu’en moyenne les hommes se mariaient à 26 ans et les femmes à 24 ans ¼.

Notons également que la majorité des familles avaient de nombreux enfants, couramment 8 à 10, mais que la mortalité infantile était très élevée, d’autant plus que les épidémies étaient fréquentes. On note qu’en août et septembre 1846, il y eut 149 décès dont 76 d’enfants. De même, en août et septembre 1849, on enregistra 195 décès dont 98 d’enfants. Parallèlement, le taux de mortalité des parturientes était important et les veufs de première et de seconde noces n’étaient pas l’exception. Il était courant d’entendre dire: "Une femme qui accouche a un pied dans la tombe."

Voici comment a évolué la population de notre commune depuis 1801 jusqu’à nos jours:

Année
Habitants
Année
Habitants
1801
1770
1891
3300
1806
1805
1896
3317
1821
2083
1901
3206
1831
2516
1906
3216
1836
2611
1911
3220
1841
2769
1921
2753
1846
2917
1926
2832
1851
2785
1931
2770
1856
3248
1936
2574
1861
3374
1946
2441
1866
3578
1954
2502
1872
3645
1968
2469
1876
3517
1975
2298
1881
3210
1990
1851
1886
3328
1999*
1731*

Il est à noter la chute démographique importante entre 1911 et 1921, consécutive à la guerre 1914-1918. Depuis cette date, la baisse plus récente de la population de la commune, provoquée à la fois par le ralentissement puis la disparition des activités économiques de base, a eu pour conséquence l’exode rural.

 

* Données mises à jour après le recensement de 1999 et ne figurant pas dans l'édition originale


Carte du Cambrésis en 1748

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